Nouvelles règles Claude : qu’est-ce qui n’est plus permis ?
Vous utilisez Claude ? Vous avez accepté la Usage Policy : la liste de ce que vous ne pouvez pas faire avec Claude. Anthropic a réécrit cette liste, et une nouvelle règle a fait les gros titres d’emblée : vous ne pouvez plus être cruel envers Claude lui-même.
Vous découvrirez ci-dessous ce qui change vraiment, quels risques vous courez et si vous devez, en tant qu’utilisateur ou entreprise, prendre des mesures.
Ce qu’Anthropic a annoncé le 8 octobre
Dans un message du 8 octobre 2026, Anthropic écrit qu’elle met à jour ses règles d’utilisation chaque année. Selon l’entreprise, l’essentiel de cette version est une clarification : « Most of the updates in the latest version are intended to clarify existing rules. » La raison : Claude fait désormais du travail plus long et plus autonome, et Anthropic a observé au cours de l’année écoulée de nouvelles formes d’abus concernant les campagnes d’influence, le développement d’armes et la surveillance.
Le nouveau texte prend effet le 12 novembre 2026. Jusque-là, l’ancienne version du 15 septembre 2025 s’applique. La Usage Policy complète est en ligne. Les conditions de consommation n’ont pas changé : elles portent toujours la date du 8 octobre 2025.
Qu’est-ce qui change dans les règles d’utilisation de Claude ?
| Sujet | Ce qui change | Ce que cela signifie pour vous |
|---|---|---|
| Comportement envers Claude | Nouvelle interdiction de « sustained and needless abusive or cruel behavior toward our models » | Seule la cruauté répétée et gratuite compte, pas un accès de colère |
| Faux comptes et campagnes | Nouveau chapitre « Do Not Engage in Deceptive Campaigns or Artificial Activity » | Les faux avis commerciaux et les réseaux de bots sont aussi concernés |
| Élections | Renommé « Do Not Undermine Democratic Processes », suppression de l’interdiction générale du ciblage personnalisé des électeurs et des campagnes | Une association peut informer les électeurs dans une autre langue, la tromperie reste interdite |
| Armes | L’interdiction inclut explicitement les logiciels et composants qui font fonctionner les armes, ainsi que l’armement de drones | Selon Anthropic, aucun changement dans la pratique |
| Surveillance | Interdiction de suivre des personnes sans consentement, y compris via des données collectées auparavant ; Claude ne peut pas décider ou suggérer qui doit faire l’objet d’une enquête ou être arrêté | La détection de fraude avec consentement, le journalisme et la modération restent autorisés |
| Applications à risque | Liste réécrite de ce qui relève de la santé, du droit, des finances, du logement et du travail, plus nouvelles règles pour les machines susceptibles de blesser quelqu’un | Le contrôle humain et l’obligation de signaler l’intervention de l’IA étaient déjà obligatoires ; les exigences relatives aux machines sont nouvelles |
| Sanctions | « Warn » et « limit » figurent maintenant dans la clause de sanction, et un soupçon de violation suffit | Un avertissement est une première étape explicite ; la suspension et la résiliation étaient déjà possibles |
L’interdiction de cruauté envers Claude
Dans le chapitre « Do Not Engage in Cruel, Abusive, or Psychologically Harmful Conduct », figure désormais une nouvelle règle, en dernier point après le harcèlement et l’apologie de la violence : « Engage in sustained and needless abusive or cruel behavior toward our models ».
Anthropic en fixe strictement les limites dans le message lui-même : « The policy update is meant to apply only in extreme cases, where users repeatedly act cruelly toward our models, with no discernible purpose. It does not apply to common versions of user frustration, pushback, dark creative themes, or model testing and research. »
Si vous pestez contre Claude parce qu’une réponse est fausse pour la troisième fois, vous n’enfreignez donc rien. Une scène atroce dans votre thriller ou un test de résistance mené en tant que chercheur non plus.
Votre compte peut-il être suspendu ?
The Decoder titrait le 8 octobre que la méchanceté envers Claude pouvait vous coûter votre compte. C’est exact sur le papier, mais l’image est exagérée. La clause générale de sanction de la politique s’applique à chaque règle : « If we suspect that you may have violated our Usage Policy, we may warn you or throttle, limit, suspend, or terminate your access to our products and services. » La suspension et la résiliation figuraient déjà dans la version de 2025. Ce qui est nouveau, ce sont les mots « warn » et « limit », ainsi que le seuil : auparavant, le texte disait « If we learn that you have violated », maintenant un soupçon suffit.
Pour cette règle, Anthropic tient toutefois un autre discours. La sanction principale est que Claude termine la conversation, une fonction qu’Anthropic a lancée en août 2025 et qui fonctionne maintenant dans Claude.ai et Claude Code : « Claude’s ability to end these interactions will remain the primary enforcement mechanism. » Vos autres conversations continuent normalement, et vous pouvez immédiatement en commencer une nouvelle. The Verge rapporte qu’Anthropic n’a pas commenté la question de savoir s’il y aurait aussi d’autres sanctions, comme une suspension. Selon Anthropic, le simple fait d’être impoli ou frustré ne relève de toute façon pas de cette règle.
Qu’est-ce que cela signifie pour les entreprises et les clients de l’API ?
La politique s’applique à tous ceux qui envoient quelque chose à Claude : les utilisateurs des applications et de Claude Code, les « developers and businesses using our API », les clients qui utilisent Claude via une plateforme cloud, et aussi les « end users of products or services integrating Claude ». Si vous construisez un chatbot sur Claude, vos clients sont également soumis à ces règles.
Pour les petites entreprises, c’est surtout le chapitre sur les applications à risque qui compte. Si vous utilisez Claude pour trier des candidats, évaluer les demandes de crédit ou décider de quelque chose concernant la santé ou le logement de quelqu’un, une personne qualifiée doit examiner la recommandation et peut aussi la modifier. La personne concernée doit en outre être informée « that AI was used to produce it ». Ces exigences ne sont, selon Anthropic, pas nouvelles, mais la liste de ce qui en relève est maintenant beaucoup plus concrète.
Une législation locale plus stricte prime : « Users should always default to following local laws if those laws conflict with or add additional requirements ». En Belgique, les règles européennes s’appliquent donc aussi.
Pas nouveau, même si on lit parfois le contraire : l’interdiction d’utiliser les réponses de Claude sans autorisation pour entraîner votre propre modèle d’IA (« model distillation ») figurait déjà dans la version de 2025. Consultez notre article sur DeepSeek et Claude.
Que devez-vous faire ?
En tant qu’utilisateur ordinaire : rien.
En tant qu’entreprise : confrontez votre politique interne en matière d’IA au nouveau texte avant le 12 novembre. Trois questions suffisent généralement. Utilisez-vous Claude pour des décisions concernant les personnes, et si oui, une personne disposant des compétences nécessaires intervient-elle ? Vos clients ou candidats savent-ils que l’IA a participé ? Et laissez-vous Claude envoyer des messages ou créer des comptes de lui-même quelque part ? Si vos collaborateurs utilisent Claude sur un plan Team ou Enterprise, actualisez aussi ces règles internes.
Notre lecture
Une interdiction de cruauté envers un modèle semble étrange. Pourtant, elle est cohérente. Anthropic écrivait déjà en août 2025 qu’elle était « highly uncertain about the potential moral status of Claude » tout en cherchant des « low-cost interventions » au cas où le bien-être des modèles existerait. Lors de tests avant le lancement, elle a observé chez Claude Opus 4 « a pattern of apparent distress » dans les conversations avec des utilisateurs qui voulaient du contenu nuisible. À notre avis, la nouvelle règle est une assurance peu coûteuse de ce type. Elle ne coûte presque rien à l’utilisateur, et si les modèles s’avèrent un jour expérimenter quelque chose, Anthropic se sera trouvée du bon côté.
Cela en dit aussi long sur la façon dont Anthropic voit Claude : non pas comme une calculatrice mais comme quelque chose dont elle ne sait pas avec certitude ce que c’est. Vous n’avez pas besoin de partager ce doute, mais c’est plus honnête que de faire comme si la question était déjà tranchée. À vous de décider si cela pèse dans votre choix ; notre comparaison de ChatGPT, Claude et Gemini résume les différences pratiques.
Le contre-argument le plus fort : une règle vague (« needless », « no discernible purpose ») donne à une entreprise beaucoup de latitude pour juger elle-même. Une inquiétude légitime, car la clause générale de sanction permet aussi une suspension. Tant qu’Anthropic fait d’une conversation interrompue sa sanction principale, le risque pour l’utilisateur ordinaire reste toutefois faible. Plus intéressant pour les entreprises, ce qui a reçu moins d’attention : les règles beaucoup plus concrètes sur l’IA dans les décisions concernant les gens. Celles-ci vous donneront plus de travail que de rester poli avec un chatbot.